Présenté au stand des éditions du Félin lors des  24e Rendez-vous de l'Histoire de Blois (6-10 octobre 2021), mentionné à cette occasion dans la Marche de l'histoire (Valérie Nivelon, RFI), dans le podcast Maunauscopie, dans la bibliographie du dossier de l'Histoire n°493 de mars 2022, dans Sciences humaines n°345 de mars 2022, dans la Cliothèque, figurant aux catalogues B.U. PMF (Paris I) , Science Po, Rennes II, Orléans, Angers, Lyon II, Toulon, de Stanford University (Californie), des Pennlibraries (University of Pennsylvania), l'ouvrage est disponible en librairie en France et ailleurs (UE : 25 €, Royaume-Uni : £19,97, Canada (15 novembre 2021) : 48 CAN $., USA : $ 40,76, etc.)



En 1919, bien avant Black Lives Matter, un policier militaire américain abat froidement à Nantes un promeneur guadeloupéen. On lit alors dans la presse indignée que les Français ne cultivent pas le préjugé des races, lequel est solennellement condamné par les députés de la seconde puissance coloniale du monde.


Bars ségrégationnistes des années 1920 ou 1960, piscine fermée aux Algériens (1964) ou diarrhée antisémite d’un sénateur SFIO (1959), d’autres affaires offrent à l’opinion l’occasion de s’indigner et d’énoncer la norme idéale d’une France immunisée contre le racisme : Raymond Poincaré s’oppose à Paris à une discrimination, forcément américaine et René Pleven juge longtemps inutile une loi antiraciste finalement votée en 1972 et qu’on persiste à tort à lui attribuer.

 

Loin de l’anachronisme dogmatique ou de l’idéalisation naïve, l’historien Dominique Chathuant explore le mythe immunitaire à l’échelle du XXe siècle, au cœur puis en aval du contexte colonial. Il nuance l’apparente nouveauté du présent en montrant qu’on dénonce déjà en 1917 l’importation d’idées américaines, qu’on teste les discriminations dès 1939 ou qu’on emploie très tôt les termes « raciste » (1924) et « racisé » (1965).


Nous qui ne cultivons pas le préjugé de race. Histoire(s) d'un siècle de doute sur le racisme en France, Paris, éditions du Félin, octobre 2021, 504 p., 25 €.

Broché - EAN13 9782866459611 - ISBN 978-2-86645-961-1 - Éditions du Félin - Date de publication 14/10/2021 - Collection « Histoire et sociétés », 23 x 15 cm, bibl., index, 25 €.

Lire un extrait des annexes : 1919 - Le député Achille René-Boisneuf fait condamner solennellement le préjugé de race par la Chambre (ouvrir dans une nouvelle fenêtre).

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La chronique de l'ouvrage par l'historienne Carole Reynaud-Paligot dans la revue Sciences humaines n°345 (mars 2022) (reproduite sur le site des éditions du Félin)

« Au début du 20e siècle, deux éléments principaux soutiennent l’assertion : la France est le seul pays européen à compter des parlementaires et des ministres noirs et les interdits raciaux n’existent pas sur le territoire métropolitain. Mais le pays est-il pour autant exempt de préjugés de race ? L’enquête de Dominique Chathuant, qui s’appuie sur l’étude de la presse et des débats parlementaires, met au jour bien des éléments qui nuancent fortement l’image d’une France épargnée par le racisme [...] En 1921, les articles du respectable quotidien Le Temps suintent le déterminisme racial lors de l’attribution du prix Goncourt à René Maran [...]

... d’autres exemples bousculent encore le mythe : en 1959, malgré ses propos ouvertement antisémites, Fernand Auberger est élu sénateur de l’Allier, et en 1964, dans la petite ville de Saint-Claude (Jura), un arrêté municipal demande « aux ressortissants algériens de fournir un certificat médical garant de leur bonne santé » pour avoir accès à la piscine. Les premières enquêtes de l’IFOP montrent qu’en 1966, l’antisémitisme est la forme de racisme la plus répandue chez les plus de 65 ans, alors que parmi les générations suivantes, c’est l’hostilité aux dits « Nord-Africains » qui domine. Cette traversée du siècle permet aussi de découvrir les premières enquêtes de journalistes et de sociologues sur le sujet, la précocité des testings réalisés dès 1939 par des étudiants antillais, mais aussi les premières mobilisations des associations antiracistes [...] »

                                                      

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L'avis de Gilles Legroux pour la Cliothèque


« Faire de l’histoire », tel nous a semblé être la seule ambition de l’auteur [...] L’auteur se propose, au fil des 430 pages qui revisitent un siècle d’histoire de France, d’analyser comment s’est construit le mythe républicain d’une France qui serait insensible au «  préjugé de race » car incompatible avec sa culture ; le « pays de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » [...] serait de ce fait culturellement immunisé contre le racisme.
Une lecture plus fine du titre nous donne aussi la clé de la démarche historienne de D. Chathuant qui combine et articule avec bonheur deux approches du sujet ou, si l’on préfère, deux échelles, l’internationale et la locale [...] [Lire la suite]

https://clio-cr.clionautes.org/nous-qui-ne-cultivons-pas-le-prejuge-de-race.html

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Bibliographie du dossier du n°493, mars 2022 du magazine L'Histoire.



























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L'avis de la librairie Le Divan (Paris, 15e)

Le Divan aime et vous conseille

« C'est avec une grande profondeur d'analyse que l'auteur aborde ici ce que l'on pourrait qualifier de mythe de l'allergie française au racisme, longtemps servi par le contexte international de la ségrégation américaine et du nazisme avec lequel on le confond. Il faut attendre les années 70 post décolonisation pour que la multiplication des violences et discriminations racistes pousse aux réactions - sporadiques - d'un pouvoir dans la retenue ou le déni. Un ouvrage brillant, éclairant sur le vivre ensemble dans nos différences. Question qui n'a rien perdu de son acuité ! »

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Esprit, juillet-août 2022

On ne peut que se sentir honoré de découvrir que son ouvrage est chroniqué dans Esprit (juillet-août 2022). Encore faut-il se garder d’assigner à l’ouvrage une problématique qui lui est tout à fait étrangère.

On notera d’emblée quelques petites confusions notamment autour de l’expression « préjugé de couleur ». « Préjugé de race » l’emporte d’autant plus largement qu’il s’agit de confronter la réception de différentes formes de racismes.

Si l’arabophobie gagne du terrain dans les années 1960 sur l’antisémitisme, il est souligné que c’est avant tout une question de générations avec cette image commode - et qu’on pourra toujours nuancer - du remplacement des vieux antisémites par de jeunes arabophobes. Les autres remarques formulées par la chronique me paraissent un peu rapides. D’abord, il n’a jamais été question d’étudier « la prégnance du racisme dans la population française » mais le mythe de son inexistence et de son importation via les fourgons de l’étranger.

Ensuite, on ne voit absolument pas en quoi évoquer ou pas l’affaire du match Battling Sikki-Georges Carpentier aurait apporté quoi que ce soit qui fût déterminant par rapport à ce qui est annoncé en introduction (bien  que Battling Sikki soit précisément mentionné dans l'ouvrage). Au surplus, cet événement a déjà été abordé par d’autres, de part et d’autres de l’Atlantique et de la Méditerranée. Les autres reproches sur de prétendues omissions se révèlent d’autant plus inattendus qu’ils sont tout simplement hors-sujet : l’objet d’histoire n’est pas tant ici le racisme que le fascinant déni dont il a pu être l’objet dans la longue durée. Le propos de l’ouvrage ne vise pas davantage l’utopie d’un recensement exhaustif : il est d’emblée précisé qu’il s’agit de traquer la norme à travers la singularité de plusieurs faits et non de tous.

Le reproche de ne pas avoir abordé les polémiques du XXIe siècle relève lui aussi d’une appréciation très personnelle. C’est au contraire la volonté d’une histoire à distance des polémiques qui a présidé à cette recherche et certainement pas le désir de participer à l’agitation de surface et aux polémiques du jour.

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Un court entretien radiophonique sur Maunauscopie, Radio Mau Nau à Châlons-en-Champagne.

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Professionnels : Joindre Emmanuelle Scordel, responsable du SP.


Mots clefs
- Histoire - France - Histoire culturelle - Histoire sociale - Histoire impériale - Culture politique assimilationniste - Racismes / Antiracismes - Discriminations - Histoire politique - France coloniale - Judéophobie - Négrophobie - Arabophobie - Germanophobie - Américanophobie - Candace (Gratien) - Clemenceau (Georges) - Daudet (Léon) - Diagne (Blaise) - Diouf (Galandou) - Du Bois (William E. B.) - Fanon (Franz) - Giscard d'Estaing (Valéry) - Lagrosillière (Joseph) - Lecache (Bernard) - Lyon-Caen (Léon) - Mandel (Georges) - Maran (René) - Pétain (Philippe) - Pleven (René) - Poincaré (Raymond) - Pompidou (Georges) - Terrenoire (Alain), etc.
En couverture : Le député guadeloupéen (1912-1942) et ancien ministre (1932-1933) Gratien Candace caricaturé par Bib dans Le Charivari, n° 378 du 27 décembre 1933.  Bib place dans la bouche de Candace la phrase « Yes, We Have no Bananas ». Cette chanson à succès de Frank Silver et Irving Cohn a été interprétée dix ans auparavant par la Revue musicale d'Eddie Cantor à New York et sans doute reprise dans des cabarets parisiens. Elle renvoie ici au discours de Candace en faveur des produits coloniaux - la banane est alors une denrée coloniale et « exotique (sic) » - et montre l'association courante du corps noir avec la nudité du sauvage avec une référence évidente dans la phrase à la ceinture - ou au pagne - de bananes de Joséphine Baker. Ce rapprochement entre homme noir, semi-nudité, bananes et cannibalisme ou sorcellerie a alors connu des précédents, notamment avec une caricature de Blaise Diagne par Sennep en 1928. Il est clair qu'elle donne toute sa résonance à la phrase « Nous qui ne connaissons pas le préjugé de race ». D'autres caricatures, en particulier celles d'hommes politiques juifs pourraient exprimer la même oxymore.
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