En 1979, quatre ans avant la loi de décentralisation, était inauguré à Baie-Mahault un collège « Maurice Satineau ». La référence mémorielle pouvait étonner jusqu’au jeune professeur d’histoire qui dût prononcer le discours et ne s’en trouva guère enthousiasmé. Le souvenir de Satineau restait plus vivace à Sainte-Anne, où il avait été maire trois décennies durant, qu’à Baie-Mahault où il ne s’était donné que la peine de naître [...]

Siégeant à la Chambre des députés avec l’Union socialiste républicaine (USR) de Maurice Viollette, Satineau connaît une trajectoire de parlementaire du peuple français d’abord classé au centre-gauche. Son vote des pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940 le rend ipso facto inéligible par l’effet de l’ordonnance d’Alger du 21 avril 1944, laquelle relève du droit électoral, dont les dimensions à la fois constitutionnelles et administratives n’ont rien à voir avec les sanctions pénales que les adversaires de Satineau croient pouvoir réclamer. Il est en tout cas de ceux qu’on relève de leur inéligibilité, ce qui pose déjà une première question. Sa carrière aurait pu en rester là et se limiter à la législature 1936-1940 prolongée jusqu’en 1942 (comme celle de 1914 l’avait été jusqu’en 1919). Mais, alors que les autres hommes issus de formations de gauche sont moins volontiers relevés s’ils sont inéligibles, Satineau est au nombre des absous. Tribun du négrisme avant-guerre, il poursuit sa carrière malgré un bras de fer dès 1945 avec le gouverneur Bertaud dans le contexte électoral de Sainte-Anne. Ni la suspension en 1946 du conseil municipal, ni sa défaite aux législatives du 10 novembre 1946 ne l’empêchent de devenir un pilier de la vie politique guadeloupéenne au-delà de la position qu’il occupait en 1936-1940. Conseiller de la République en novembre 1948, il retrouve son siège au Luxembourg en mai 1952 tout en demeurant maire de Sainte-Anne. André Rousselet, sous-préfet de Pointe-à-Pitre en 1952-1954 et qui, comme d’autres avant lui, se persuade un peu vite d’avoir assaini les mœurs électorales en Guadeloupe, impute à Satineau son déplacement vers la sous-préfecture d’Issoudun, dans l’Indre. L’amitié entre Rousselet et François Mitterrand, s’expliquerait également par l’hostilité des deux premiers à Satineau, membre comme eux du Rassemblement des gauches républicaines (RGR). Maurice Satineau ne perd son mandat de conseiller qu’en 1958 et demeure maire de Sainte-Anne jusqu’à sa mort à Paris en 1960.

Mais alors que, dans un contexte de Guerre froide, il construit sa légitimité sur la lutte contre les communistes guadeloupéens, ceux-ci l’accusent d’avoir volé l’or de familles de déportés juifs au prétexte de les protéger de la spoliation. 

Une question demeure. Comment un personnage au parcours si sulfureux a-t-il pu, après avoir voté les pleins pouvoirs à Philippe Pétain le 10 juillet 1940, être relevé de son inéligibilité pour faits de résistance par le jury d’honneur chargé d’examiner les dossiers ?

Réf : Dominique Chathuant, « D'une République à l'autre : ascension et survie politique de Maurice Satineau (1891-1945)», Bulletin de la Société d'histoire de la Guadeloupe, n°178, septembre-décembre 2017.